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Valérie Faber
Valérie Faber
64 rue de Fécamp
75012 Paris
tel : 07 81 95 75 93
mail : va.faber@laposte.net

Née le 12 mai 1966
A Argenteuil (Val d’Oise)

Après une formation à l’Ecole Supérieure d’Arts Appliqués DUPERRE – section arts graphiques option gravure en taille douce – (1982-1986), j’ai appris la gravure ornementale à l’Ecole BOULLE (1990-1993) et fait une recherche de création autour du bijou, volume en cire (1991-1993)

J’ai exercé le métier de graveuse ornementale sur bijoux et orfèvrerie de 1991 à 2008.

Après une première approche du modelage d’après modèle vivant (1999-2001), j’ai approfondi mon expérience de la sculpture aux ABA dans l’atelier d’Odile BOURDET où j’ai exploré différents matériaux et élaboré sur plusieurs années un travail à partir de sachets de thé. Puis, toujours aux ABA je me suis dirigée vers la taille directe du bois dans l’atelier de Sylvie LEJEUNE, dont j’ai également suivi les cours de morphogenèse.


La pratique de la taille directe est récente dans mon parcours.
Cette découverte m’a plongée dans un monde à la fois très particulier et très familier. J’y ai retrouvé des sensations enfouies au fond de moi par le passage du temps, les apprentissages et les contraintes qui nous emprisonnent en nous coupant de l’essentiel. Le contact spécifique qu’engendre cette pratique avec le bois a fait remonter en moi le lien primaire, viscéral qui m’attache à la nature. Un lien profond, dénué de toute intellectualité.

Opportunité végétale

C’est dans les étapes préliminaires à l’élaboration d’une sculpture, dans la rencontre du morceau de bois que je vais tailler, que je commence à percevoir ce qui fait écho en moi. L’odeur, les formes, les couleurs me suscitent la forme qui va naître.

La première étape consiste à retirer l’écorce. Cette peau protectrice abrite de nombreux petits animaux. Elle cède facilement exhalant avec puissance les parfums de la forêt. un autre monde s’ouvre à moi. C’est un grand privilège. Je ressens un émerveillement enfantin en découvrant cette vie cachée dans toute sa diversité.
L’espace autour de moi s’efface. Je m’efface. Le bois m’impose sa présence. Devenir arbre.
Mais cette phase est aussi celle du deuil où je dépouille l’arbre des vies qui l’emmenaient vers un avenir que j’interromps pour le conduire sur un autre chemin. La décision est grave. je dois sans cesse écarter le doute, taire les questions qui me taraudent. Je sais que beaucoup d’animaux ne survivront pas à l’exil que je leur impose.

La deuxième étape consiste à retirer l’aubier, couche fibreuse où circule la sève. Manteau nourricier qui mettait l’arbre en lien avec le monde, lui permettait d’être debout, de croître et respirer.
Violence du geste délogeant larves et nymphes des insectes xylophages.
Arrachement, déchirement pour parvenir au coeur, porteur de sa mémoire. Accéder au passé inscrit dans ses fibres. Les obstacles évités pour capter la lumière, les fluides (le vent, la pluie), les écarts climatiques, ont induit leurs sens et leur densité, les ont colorées.

Après la peau

Un lien intime s’établit avec le bois au cours du voyage que j’effectue à travers ses strates porteuses de temporalités différentes. L’interdépendance des organismes, l’enchevêtrement des échelles spatiales et temporelles des animaux qui les peuplent, sont une illustration du maillage complexe constitutif du vivant.
Dans cet échange à la fois sensuel et violent par le geste qui sacrifie, l’arbre me livre une partie de sa mémoire, me dévoile certains de ses mystères. C’est dans les sensations que me procure ce dialogue et les images qu’il m’évoque que le désir de la forme s’impose.

La préparation du bois pour la sculpture que je présente ici m’a ramené d’une façon très frontale à un souvenir d’enfance.
La couleur rosacée , la puissance musculeuse des fibres et la séparation du tronc en deux parts égales m’ont d’emblée évoqué la chaire palpitante et fragile d’une dépouille animale. Sa carcasse abandonnée devient un continent prospère où prolifèrent des milliers de vies qui s’affairent, creusent, décortiquent et aident l’enveloppe charnelle devenue inutile à se transformer, libérer les éléments qui la constituaient pour qu’ils puissent, dans un autre agencement, prendre à nouveau place dans le monde du vivant.

Valérie Faber