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Sylvie Lejeune
www.sylvielejeune.com

Je taille essentiellement le bois, mais aussi le marbre et le granit depuis 75.
Le « vivant » en centre absolu de ma recherche.
Depuis 93, aux ateliers beaux-arts de la ville de Paris (centre Glacière) j’enseigne la Taille Directe et la Morphogenèse (cours à finalité plastique que j’ai créé en 95)


Les êtres de ma vie intérieure – 3 chênes 2 chiens

3 chênes – le visible et l’invisible

Pourquoi lorsque je ne taille pas, je me sens si mal…ou plutôt si peu ?
L’ombre de moi-même, la substance délaissée…ou plutôt le substrat !
La taille directe, c’est peut-être ce rendez-vous avec soi-même, ce ressenti de la vie intérieure, le temps et l’espace qui se forment.
C’est mon expérience, ma recherche du substrat, la recherche du substrat.
J’ai vécu deux ans avec ces 5 non-humains, ces 3 chênes extraits de la forêt originelle, la silve , ces 2 chiens extraits d’une sauvagerie si lointaine.
Nous avons tenté d’ouvrir le temps et l’espace pour tisser ce substrat qui nous lie, ce substrat qui nous rend cette réalité perdue, nous avons tenté de laisser enfin le silence se faire. Continuum.
Cette bulle-là contenait mon expérience.
Je ne devais rien dire.

 

Mon intentionnalité était de recueillir, d’apprendre, de mettre en évidence la présence, l’efficience du chêne qui se crée. Tenter d’atteindre le goût de la lumière, la saveur du minéral, le défi de l’équilibre, la joie d’être au monde, la force d’être une forme.
Il me fallait cette bulle pour que naisse cet état. L’état-substrat.
Dans l’atelier, le regard des chiens enveloppait les arbres.
l’animal est le liant du monde premier.
Il s’établissait entre bête et arbre, entre nous, une connivence primitive et brutale, une sémiotique ouverte, fragile comme un souffle.
Tailler alors cette fratrie de chênes, ce principe de forêt sous le regard d’un principe sauvage, dans le battement du vivant, c’était suivre dans la plus haute attention les courants d’information, de construction de cette forme du vivant sans cerveau, cet autre qui nous a précédé , nous a fait et qui nous recouvrira, mettre à nu la fibre édificatrice, la matière réflexive, la forme Arbre.

épicentre d’un battement
la peau du cœur

L’architecture précise, nette, avide, les hésitations de l’arbre face au monde qui bouge et trouble sa tension, la résilience qui génère véritablement la trame d’un milieu, sa densité et son écoute…dans ma main, dans mon geste.
C’était reconnaître dans la fibre même, les flux mêlés de l’information primordiale: sous ma lame l’évidence se faisait, l’incision était franche, nette, écrite: c’est un courant édificateur, juste.
Les zones d’incertitude, de remplissage, je les vivais comme une errance, une divagation amère dans un marécage lourd. Le bois n’offrait aucune réponse, il s’estompait sous ma gouge.

 

 

 

 

passé l’équilibre animal

Ça c’était le visible.
L’invisible…
L’invisible, c’était tenter d’atteindre l’au-delà….passer sous le manteau, goûter le mystère, toucher le cœur de l’influence si forte qui m’habitait, me colonisait peu à peu.
Tenter des traversées délicates et enveloppantes dans cette obscurité chaude… sous le manteau.
Effleurer les structures subtiles qui étayent la croissance.
Passer, passer dessous, faire le chemin que permet ce sujet à l’intérieur de lui-même, s’insinuer.
Et puis le cœur!
Le cœur-jaillissement, tumulte de joie, spontanéité de l’énergie qui enivre. Le goût de la lumière, l’irrépressible attraction du vivant.
Cette sculpture «3 chênes – le visible et l’invisible» contient cette aventure.
Cette incroyable aventure.
Ce sont les traces de l’expérience partagée.

Sylvie Lejeune