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Sylvie Ballyot
133 Boulevard Ménilmontant, 75011 Paris
sylvieballyot@gmail.com
+33 6 15 46 06 58
Cinéaste
Sculpteure en taille directe

Je viens du cinéma où dans mes films tant documentaires que de fiction (entre autres: TEL PERE TELLE FILLE sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes, MOI TOUT SEUL, LOVE AND WORDS ARE POLITICS, ALICE) j’ai toujours tenté d’explorer la limite de ce qui est dicible et visible, l’autre monde, l’interdit. Ma rencontre avec la taille directe (ateliers Sylvie Lejeune: taille directe et morphogenèse; sculptures personnelles et sculpture collective « Terre! »; installations au festival Murs à Pêches de LandArt à Montreuil; exposition collective à Paris Plage juillet 2019), a résonné en moi comme une évidence, me permettant d’affûter mon regard plastique sur le monde et sur les formes, et d’aller plus loin dans ma recherche de ce qui sous-tend le visible à travers la trace, l’empreinte. L’expérience de la taille directe sur bois m’a semblé la voie la plus juste et la plus singulière pour expérimenter le passage dans un autre état de corps, la possibilité d’autres mondes que celui manifeste autour de nous.


« expérience du seuil » os-paysage (détail)

Quand on taille le bois on est le fantôme et lui la chair. On se sent tout petit à côté de lui. Puis on découvre sa propre force à travers la sienne. On grandit, on se déploie dans ses failles, entailles, nœuds, méandres. Il met au jour. Tailler c’est reprendre possession du temps.

Expérience du Seuil

Je marche dans un paysage désertique, pendant longtemps. J’aperçois à moitié enfouis dans le sable un os, puis deux, puis trois, puis une multiplicité. Je comprends que je suis dans un cimetière animal. Je me demande si j’ai le droit d’être là, je sens alors que j’ai franchi une frontière invisible.
Comment rendre l’état d’abandon et de quasi éternité de ces ossements, qui semblent être devenus des os-paysages ? Certains gisent au sol, en partie brisés, patinés par l’eau et le sable, mêlés à la terre, à la roche, et semblent minéralisés.
D’autres s’érigent et nous font face. Deux colonnes plantées là au milieu de rien, qui s’ouvrent comme une porte.
Je crée un nouveau paysage à partir du souvenir de ces paysages-là, de ces frontières invisibles, un paysage-talisman, dans la continuité des os-talismans trouvés sur le sable.

« expérience du seuil » os-paysage
groupe sculpture « Expérience du seuil »

Paysage adossé en déséquilibre
Deux os-colonnes
S’articulent sur du vide
Ouvrent un passage
Marquent une frontière


Le passage est étroit, trop étroit, presque invisible; il en devient intérieur.
Tu dois ralentir pour pénétrer ailleurs. Dans un monde nouveau où le règne n’est plus humain mais trans-espèces, où tu es l’autre, animal, végétal, et respires au même rythme qu’une mouette, une fleur, une rivière.
Après que le corps s’est effondré, après que l’eau s’est écoulée, retirée. L’érosion, le ruissellement : le passage du temps, de l’eau, de l’air. Que reste-t-il après ? La forme d’après, la vie d’après. Le paysage, la nature, le monde sont gorgés de ces traces-là.
Entre, et change d’état.