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Kathie Serniclay

Sortie de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux en 2000, je suis venue à la taille directe une dizaine d’années plus tard. Parce que le bois, parce que les gestes. Parce que c’est une façon d’être au monde qui correspond à ce que j’ai toujours cherché. Un rapport au corps et à la matière, une façon de côtoyer les principes du vivant, une façon de tenir à la surface burinée du monde.


Paserelle

Il y a le corps, qui sait. Il y a, en mémoire, l’expérience de la montagne, lorsque l’on ressent que le monde vibre en même temps que nous. Que tout respire.

Il y a l’impossibilité de ne s’appuyer que sur des lois humaines – car l’humain n’est pas au centre. L’humain n’a pas forcément raison.

Se sentir décentralisée. Comme un arbre. Avancer entièrement, avec l’espace, en commerce avec le monde. Avec toute la puissance de ce qui n’est pas révélé, visible, nommé – mais qui existe. Appuyé sur le vent ou sur l’instabilité, je sens que cela est solide car cela est vivant, fondamental.

 

méandre


 

 

 

 
 

Pilotis et passerelles sont des éléments récurrents dans mon travail. Il disent un rapport au monde, au sol, à la continuité entre les choses. Il y a questions sur notre façon d’habiter le monde, de nous y comporter. Notre façon de prendre ou de vouloir posséder. Ou pas. Notre rapport aux savoirs-faire primordiaux et à la survie / au risque. Sur la façon de former les enfants, de leurs demander de rester assis.

archipel

Il y a le plaisir de voir l’espace entre le sol et une forme. De trouver les appuis et l’équilibre nécéssaire et suffisant. Pas plus pas moins. En mouvement dans le mouvement du monde. De tailler des formes aussi évidentes qu’un os ou un méandre, sans que ce soit ni l’un ni l’autre. Ce n’est pas une représentation de quelque chose. La taille directe est une expérience avec la matière. Je n’impose pas une forme, elle vient par le processus lui-même, par la circulation entre la matière et les gestes de taille, de l’oscillation entre les formes ou les informations que j’émets et celles que je perçois du bois. Laisser émerger ce qui me constitue – nous constitue – en tant que présents au monde, nourris des formes et de l’air du dehors.
Être comme suspendue entre les forces. Une traversée dégagée de mot et d’image, où les appuis se créent et s’effondrent au fur et à mesure que se produit une forme. La sculpture se clôt sur elle-même mais elle n’est pas un objet fini, elle est arrêtée à un temps donné : la fin de l’expérience.

Kathie Serniclay